Topshop a longtemps incarné la mode rapide, colorée et résolument tournée vers un jeune public urbain. Pendant des décennies, la marque britannique a dominé les rues commerçantes avec ses collections tendance à prix accessibles. Pourtant, une question revient régulièrement dans les conversations autour de la mode inclusive : Topshop fait-elle vraiment des efforts concrets pour toutes les silhouettes, ou son image d’ouverture reste-t-elle essentiellement une posture marketing ?
La question mérite d’être posée sérieusement, sans complaisance mais aussi sans procès d’intention hâtif. Le secteur de la mode a traversé une mutation profonde ces dernières années, poussé par des communautés en ligne de plus en plus exigeantes, par des militantes de la body positivity et par une clientèle qui refuse désormais d’être invisibilisée. Dans ce contexte, analyser le positionnement de Topshop permet de mesurer le chemin parcouru, mais aussi celui qui reste à parcourir.
Cet article propose donc un regard honnête et documenté sur ce que Topshop offre aujourd’hui en matière d’inclusivité vestimentaire : les gammes de tailles disponibles, la représentation dans les campagnes, la qualité des coupes et l’expérience réelle des clientes de toutes morphologies.
Ce que Topshop propose concrètement en matière de tailles
Une offre élargie, mais encore fragmentée
Depuis son rachat par ASOS en 2021, Topshop a opéré un virage numérique total, abandonnant ses boutiques physiques pour se repositionner exclusivement en ligne. Ce changement de modèle a eu un impact direct sur la politique de tailles. ASOS, plateforme habituée à référencer une vaste palette de morphologies, a permis à Topshop d’élargir progressivement ses gammes. On trouve aujourd’hui des pièces allant jusqu’au 52 ou 54 selon les références, ce qui représente une avancée réelle par rapport à l’ère pré-rachat.
Cependant, cette extension reste inégale. Toutes les collections ne sont pas disponibles dans toutes les tailles, et certains styles iconiques de la marque demeurent cantonnés aux tailles dites « standard ». Une cliente qui porte du 48 ne retrouvera pas systématiquement les mêmes options qu’une cliente en 36, ce qui crée une expérience d’achat à deux vitesses, difficilement défendable dans une logique d’inclusivité authentique.
Les lignes Petite et Tall : un effort de diversité morphologique
Il faut néanmoins reconnaître à Topshop un effort anciennel sur la diversité des longueurs et des proportions. Les lignes Petite et Tall, destinées respectivement aux femmes de petite taille et aux femmes grandes, existent depuis longtemps dans la marque et constituent l’un de ses atouts distinctifs. Ces gammes permettent d’obtenir des coupes pensées pour des silhouettes réelles, avec des proportions ajustées et non simplement des modèles standard raccourcis ou allongés mécaniquement.
Cette attention portée à la longueur des jambes, aux entrejambes et aux emmanchures représente une approche plus technique et plus respectueuse de la morphologie réelle, même si elle ne résout pas à elle seule la problématique des tailles plus généreuses.
La représentation dans les campagnes et les visuels produits
Une évolution visible depuis le rachat par ASOS
La représentation des corps dans les visuels marketing est souvent le premier indicateur de la sincérité d’une marque en matière d’inclusivité. Avant 2021, Topshop était régulièrement critiquée pour ses mannequins uniformément minces et ses campagnes qui semblaient ignorer la diversité des corps. Le rachat a modifié cette dynamique, ASOS ayant pour habitude de présenter ses produits sur plusieurs profils morphologiques différents.
Aujourd’hui, les fiches produits Topshop sur la plateforme intègrent plus fréquemment des mannequins aux gabarits variés. Voir une robe portée sur un corps plus généreux avant d’acheter change fondamentalement l’expérience d’achat : cela réduit l’incertitude, renforce la confiance et permet une projection réelle. C’est un progrès qui ne doit pas être minimisé.
Ce que les visuels ne montrent pas encore assez
Malgré ces avancées, certains angles restent insuffisamment couverts. La diversité des âges, par exemple, est quasiment absente des campagnes Topshop, qui continuent de cibler visuellement un segment très jeune. De même, la représentation des corps en situation, c’est-à-dire dans des contextes du quotidien variés et pas uniquement dans des poses esthétisées, reste encore timide. L’inclusivité ne se limite pas à afficher un corps plus grand dans une même posture idéalisée : elle suppose une normalisation globale de la diversité, dans toute sa richesse et sa banalité assumée.
La qualité des coupes pour les morphologies généreuses
Adapter la coupe, pas seulement la taille
C’est souvent là que le bât blesse dans la mode prêt-à-porter. Augmenter les tailles sans retravailler les patrons revient à proposer des vêtements qui n’ont pas été pensés pour les corps qu’ils sont censés habiller. Une vraie démarche inclusive commence au niveau du patronage, c’est-à-dire dès la conception du vêtement, avec des tests sur des mannequins vivants aux morphologies cibles.
Topshop n’a pas toujours brillé sur ce point. Des clientes de grande taille rapportent régulièrement des problèmes récurrents : des bustiers qui ne tiennent pas, des jeans dont la coupe n’est pas pensée pour des hanches prononcées, des robes dont la longueur ne correspond pas aux proportions d’un corps plus volumineux. Ces retours, nombreux sur les forums et les réseaux sociaux, signalent que l’élargissement de la grille de tailles n’a pas toujours été accompagné d’un véritable travail de fond sur les formes.
Les pièces qui fonctionnent vraiment
Il serait cependant injuste de ne pas souligner ce qui marche. Certaines catégories de produits Topshop sont plébiscitées par les clientes de toutes les morphologies. Les jeans en coupe flare ou bootcut, notamment, sont souvent cités comme des réussites, capables de valoriser aussi bien les silhouettes en sablier que les silhouettes en H ou en poire. Les robes wrap, les blouses fluides et les blazers oversize rencontrent également un succès transversal, car leur structure permet une adaptation naturelle aux différentes proportions.
Pour aller plus loin dans le choix de coupes adaptées à votre morphologie, vous pouvez consulter les conseils réunis sur ce guide dédié à la mode pour toutes les tailles, qui propose des repères concrets pour construire un vestiaire en accord avec vos formes réelles.
Le positionnement inclusif de Topshop face à ses concurrents
Un marché de la mode grande taille de plus en plus exigeant
Topshop n’évolue pas dans le vide. Elle se mesure à des enseignes qui ont fait de l’inclusivité un pilier central de leur identité de marque. Des acteurs comme Universal Standard, Eloquii ou même certaines lignes de marques grand public comme H&M Curve ou Zara ont accentué la pression en proposant des collections pensées spécifiquement pour les corps plus généreux, avec des investissements réels dans le patronage adapté et la représentation authentique.
Dans ce paysage concurrentiel, Topshop occupe une position intermédiaire : plus avancée qu’elle ne l’était avant son rachat par ASOS, mais encore loin des standards établis par les marques qui ont fait de l’inclusivité leur raison d’être principale. Cette position de milieu de chemin peut sembler confortable à court terme, mais elle risque de devenir fragile à mesure que les consommatrices affinent leurs exigences.
Le poids des attentes communautaires
Les réseaux sociaux ont profondément transformé le rapport entre les marques et leur clientèle. Les communautés de mode inclusive sur Instagram, TikTok ou YouTube exercent une veille constante et n’hésitent pas à pointer les incohérences entre les discours et les actes. Topshop, en tant que marque à forte notoriété, est particulièrement exposée à ce type de contrôle collectif. Chaque campagne, chaque nouvelle collection, chaque décision sur les tailles disponibles est scrutée, commentée et parfois vivement critiquée.
Cette pression sociale n’est pas nécessairement négative : elle pousse les marques à aller plus loin, à ne pas se contenter d’ajustements superficiels et à intégrer l’inclusivité comme une valeur structurante et non comme un argument publicitaire ponctuel.
Vers une mode vraiment inclusive : ce que Topshop pourrait encore améliorer
Repenser la communication de taille et le sizing
L’un des irritants majeurs pour les clientes de morphologies diverses reste le manque de standardisation des tailles et l’absence d’informations détaillées sur les mensurations. Afficher uniquement un numéro de taille ne suffit plus. Les consommatrices attendent désormais des tableaux de mensurations précis, des indications sur l’élasticité des matières, des données sur le tombé du tissu et, idéalement, des avis clients filtrés par morphologie.
Topshop pourrait, dans ce domaine, s’appuyer davantage sur les outils de sizing développés par ASOS, qui propose déjà des fonctionnalités relativement avancées en comparaison d’autres plateformes. L’enjeu est de rendre l’achat en ligne aussi rassurant que possible pour des clientes qui ne peuvent pas essayer les vêtements avant de les recevoir.
Aller vers une inclusivité systémique et non ponctuelle
La vraie question qui se pose à Topshop comme à beaucoup d’autres marques est celle de la profondeur de l’engagement. L’inclusivité systémique suppose que chaque décision, du choix des matières à la sélection des mannequins en passant par la conception des patrons, soit pensée en tenant compte de la diversité des corps. Il ne s’agit pas d’une ligne de produits supplémentaires ou d’une campagne saisonnière, mais d’un changement de culture interne qui prend du temps, des ressources et une volonté politique réelle.
Des marques pionnières ont montré que ce chemin est possible et économiquement viable. L’inclusivité n’est pas un sacrifice commercial : elle représente au contraire un potentiel de marché considérable, encore largement sous-exploité par de nombreuses enseignes qui continuent de concentrer leurs efforts sur un segment étroit de la population.
Topshop dispose de la notoriété, de la distribution et désormais de l’infrastructure numérique pour franchir un cap supplémentaire. La question est de savoir si la volonté est là, au-delà des ajustements pragmatiques imposés par un marché en mutation. Pour les clientes de toutes les tailles, l’attente reste entière, et l’exigence, elle, ne faiblit pas.